Cet événement est gratuit et ouvert au public ; aucune inscription n'est requise.
Résumé
Cette conférence propose une rétrospective sur NEMUS (Restauration numérique d’instruments de musique historiques, https://nemusproject.eu/), un projet de cinq ans financé par le Conseil européen de la recherche (CER) à l’Université de Bologne, consacré à la restitution du son d’instruments à clavier historiques qui ne sont actuellement plus en état de fonctionner. Le projet NEMUS est né d’un problème auquel sont confrontées les collections des musées : bon nombre de leurs instruments les plus importants ne peuvent être joués sans compromettre leur intégrité matérielle, et la restauration traditionnelle, lorsqu’elle est possible, revient souvent à effacer les traces mêmes qui confèrent à un instrument sa valeur historique. Le projet propose la restauration numérique comme alternative — un moyen de redonner vie à ces instruments et de les remettre entre les mains des interprètes sans toucher aux originaux. Cela a nécessité une collaboration étroite avec des conservateurs, des restaurateurs et des luthiers, ainsi qu’une réflexion sur ce que peut être une « copie » d’un instrument historique lorsque les dimensions numériques et physiques sont conçues conjointement.
Cette présentation expose les principaux axes de recherche du projet, en s’attardant notamment sur les mécanismes de synthèse sous-jacents. Cela inclut des schémas de domaine temporel à différences finies (FDTD) à énergie stable pour les cordes rigides et géométriquement non linéaires ; des formulations modales permettant de restituer l’interprétation en temps réel lorsque la méthode FDTD complète n’est pas applicable ; ainsi que des stratégies de couplage des modèles de cordes aux composants de la table d’harmonie et de rayonnement. Du point de vue de l’interface, ces moteurs de synthèse sont associés à des surfaces de jeu fidèles sur le plan mécanique — notamment la réplique numérique à détection optique du clavecin Trasuntino de 1547, désormais installé à la Collection Tagliavini à Bologne, où la capture continue des mouvements des leviers et une mécanique historique inchangée bouclent la boucle entre l’interprète et la simulation, et où l’authenticité haptique s’avère aussi importante que le son lui-même. Des réflexions sur les pratiques de science ouverte et les flux de travail reproductibles en lutherie numérique ponctuent l’exposé.
L’exposé se termine par une perspective tournée vers l’avenir sur ce que la restauration numérique peut offrir à la communauté de l’acoustique musicale et aux institutions qui conservent ces instruments, ainsi que sur les défis qui restent à relever.
Michele Ducceschi
Michele Ducceschi est un professeur associé au département d'ingénierie industrielle de l'université de Bologne et a été chercheur principal du projet NEMUS, financé par une bourse « Starting Grant » du Conseil européen de la recherche (CER). Ses recherches portent sur la modélisation physique, la synthèse sonore, les vibrations non linéaires, l'acoustique musicale et l'acoustique des salles, avec un accent particulier sur la science ouverte et reproductible. Avant de rejoindre Bologne, il a bénéficié d’une bourse Leverhulme Early Career Fellowship et d’une bourse Newton de la Royal Society à l’université d’Édimbourg, en Écosse.